LES SAMEDIS DE LA VIERGE MARIE
LES GRÂCES DE MARIE

QUATRIÈME SAMEDI

La prédestination de la Mère de Dieu.

Plan de la méditation. — Nous avons à suivre maintenant l’ineffable grâce de la maternité divine dans ses magnifiques conséquences. Pour la Mère de Dieu, il n’en est pas de plus importante que sa prédestination à la gloire. La sublimité de sa prédestination et la garantie de sa prédestination, diviseront cette méditation en deux points.

MÉDITATION

« Sedere autem ad dexter am meam vel sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Pâtre meo. » (Mt 20, 23.)

Il ne m’appartient pas de vous faire asseoir à ma droite ou à ma gauche, ces places, aux élus de mon Père je dois les réserver.

1er PRELUDE. — Considérons Marie au faîte de la gloire céleste, en arrêtant notre imagination sur les splendeurs du ciel.

2e PRELUDE. — Demandons la grâce infiniment précieuse de renforcer ces dispositions intérieures et de multiplier ces bonnes œuvres qui rendent notre salut plus certain et augmentent le degré de notre éternel bonheur.


I — LA SUBLIMITÉ DE LA PRÉDESTINATION
DE MARIE

I. — 1. L’ordre, l’harmonie, la beauté de l’ensemble de l’univers comportent des malheurs, des infortunes individuelles, qui résultent des lois ordonnées en vue du bien universel, et ne réclament pour les êtres dénués de raison ni compensation, ni ménagement. Mais Dieu se doit de suivre les créatures raisonnables avec une attention particulière qui pourvoie suffisamment à la fin personnelle de chacune d’elles. Splendide privilège de l’homme ici-bas, d’intéresser à son sort la Providence spéciale de son Auteur !

Providence qui met le comble à sa bonté, quand, non contente d’octroyer à l’homme les moyens de salut, elle le conduit effectivement, par les diverses péripéties de sa vie, au terme magnifique de sa destinée surnaturelle. C’est la prédestination, le plus grand de tous les bienfaits, puisqu’il assure une félicité qui fait oublier tous les autres bonheurs et tous les malheurs.

2. Or, Marie ne fut pas seulement prédestinée à la gloire. Dieu lui réserva un trône si élevé, qu’elle devait régner sur tout le monde créé des esprits et des corps. Comment comprendre et célébrer la sublimité d’une prédestination qui justifie un Magnificat où Marie dirait : « De toute éternité, nulle créature n’est comme moi aimée de Dieu ; pendant toute l’éternité, nulle créature ne sera heureuse comme moi ! »

II — 1. Après avoir longuement contemplé cette grandeur de Marie, songeons à la parole du Christ : « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures (Jn 14, 2). » La prédestination aboutit à des plénitudes de biens qui varient suivant le mérite acquis par la grâce de Dieu. Il est exact de dire : Dieu nous offre le ciel à conquérir ; et il est également vrai d’ajouter : Dieu nous y offre aussi le choix entre plusieurs places, plus magnifiques les unes que les autres.

Un instant de réflexion ne produit-il pas une invincible volonté de tendre au plus superbe des trônes qu’il nous soit donné de conquérir ? Et cependant, nous renonçons pratiquement à une aussi belle ambition, chaque fois que nous optons pour le péché, pour l’imparfait, alors que le meilleur se présentait à nous moralement réalisable. Notre faiblesse explique ces erreurs. Mais comment comprendre l’attitude indifférente de nombre de chrétiens, insatiables de plaisirs, de richesses, d’honneurs ? Tandis que, dans l’ordre des choses créées, ils aspirent ainsi au rang le plus élevé, le rang qu’ils auront définitivement au ciel ne les préoccupe guère ! Pareille aberration se conçoit, dira-t-on, parce que les magnificences futures échappent à nos sens et dépassent notre raison ; mais ne provient-elle pas aussi de ce qu’on cherche plutôt à écarter l’effroi de l’au-delà qu’à en nourrir les espérances positives ? On se résigne à quitter cette vie ; et l’on conçoit l’avenir éternel comme un avenir qui doit être sans souffrances, plutôt qu’inondé de bonheur. Erreur fréquente et si dommageable, qui nous dépouille de tant de biens futurs et facilite tant de rechutes dans le péché !

Appliquons donc notre esprit à considérer attentivement le bonheur du ciel ; et implorons de Dieu cette affection positive aux biens à venir qui passionnait les saints. Sainte THÉRÈSE se déclarait prête à marcher, jusqu’au jugement dernier, sur des charbons ardents, pour obtenir un degré plus élevé de gloire éternelle.

II. — LA GARANTIE DE LA PRÉDESTINATION
DE MARIE

I —1. La prédestination est l’irréformable décret divin par lequel Dieu décide de mettre ses élus en possession de la félicité du ciel. Éternel, comme tout ce qui est Dieu, ce décret exprime une volonté toute sainte, bienfaisante, et que dirige une vue infaillible du présent et de l’avenir. Le Seigneur connaît ses prédestinés. Mais nous, ignorant nos destinées définitives, nous vivons incertains de notre sort. Sans qu’elle doive nous plonger dans une folle anxiété, cette incertitude du salut est pénible ; et l’esprit qui l’éprouve conçoit combien délicieuse en serait l’assurance. Ô moment béni entre tous, quand Dieu, s’abaissant avec complaisance vers quelque âme choisie, daigne lui faire lire son nom inscrit au livre de vie ! Grâce insigne, mais extrêmement rare !

Eh bien ! Marie posséda, dans sa maternité divine, un signe infaillible de salut. Si cette dignité, par elle-même ne la sanctifie pas, à tout le moins exige-t-elle la sainteté. Une Mère de Dieu, la Fiancée, l’Épouse du Seigneur, ne saurait ni pécher ni se perdre. Bien plus, la place de la Mère de Dieu est au sommet du paradis. Marie sait donc qu’elle est prédestinée à être la Reine de tous les anges et de tous les saints. Qui dira la joie de son âme !

II — Il y aurait de la présomption à espérer ou à demander pour nous une certitude miraculeuse de notre salut. Mais multiplions les gages indirects que la Bonté divine nous permet de tenir en main, a) Une disposition générale de docilité à la loi divine, jointe à la prière, nous peut impétrer la persévérance finale, nous obtenir la mort en état de grâce, sinon de la stricte justice de notre Dieu, du moins de cette équité supérieure à laquelle Il ne déroge jamais, b) Nous n’ignorons pas non plus qu’un enfant de Marie ne périra jamais ; nous savons qu’il est doux de mourir après avoir eu une constante dévotion au Cœur du Souverain Juge, c) Il est également impossible que Dieu perde l’homme humble de cœur, qui peut s’appliquer la béatitude : Bienheureux ceux qui sont doux ! d) Notre foi catholique augmente, à elle seule, nos espérances et en recevant dignement la sainte hostie, nous avons le droit de chanter avec l’Église : « Ô banquet sacré..., qui nous fournit un gage de la gloire future ». e) Si nous portons l’habit religieux, n’entendons-nous pas ces magnifiques assurances du Christ, promettant la vie éternelle à celui qui, pour Lui, aura renoncé à ses affections naturelles et à ses biens ?

Bénissons Dieu de sa libérale prodigalité à nous entourer des plus précieuses garanties. Il met de tels moyens à notre disposition, que les théologiens n’hésitent pas à nous tenir ce langage : « Si vous n’êtes prédestiné, travaillez à le devenir. » Faisons porter sur l’emploi de ces moyens notre grande conclusion pratique (Après avoir établi dans le second point la certitude de la prédestination de Marie, il semblerait naturel de consacrer un troisième point à chercher la cause formelle de cette certitude. Mais nous ne pourrions le faire sans exposer des vues controversées, qui intéressent moins les lecteurs étrangers à la théologie et répondent peu au caractère de cette publication. Bornons-nous donc à dire que la maternité divine impliquait une alliance indissoluble entre Dieu et Marie ; que Dieu ne pouvait sanctionner un ordre du monde dans lequel sa Mère n’eût pas utilisé les grâces destinées à l’élever au faîte du paradis.).

COLLOQUE

Dans le colloque, nous nous plairons à admirer l’amour singulier que Dieu porte à sa Mère, et nous renouvellerons nos félicitations à Marie d’autant plus volontiers, que le même décret qui la comble de faveurs, nous la donne pour Médiatrice de grâce et d’intercession.

Cette mission que la Mère de Dieu remplit auprès de nous fera monter vers elle une fervente supplication, au cours de laquelle nous exposerons nos alarmes pour nous-mêmes ou pour des personnes qui nous touchent et dont nous savons le salut en danger. Nous la conjurerons humblement de ne pas permettre notre ruine. Ave Maris Stella !